la vieille aux pigeons
31 juillet, 2013 @ 10:03 portraits

« J’émiette ma vie tous les jours sur ce banc. Les myriades de pigeons et autres oiseaux ce sont les années qui reprennent leur droit. Voici comment je vois les choses aujourd’hui. Le temps s’émiette lentement comme une miche de pain sec sur mes genoux. Les gens passent, ne me regardent pas, au mieux un sourire. Savent-ils que j’ai vécu? Que je me suis battue pour des idées? Bien sûr je suis aigrie, j’exècre la jeunesse qui m’oublie, celle qui me laisse de côté. Mais l’aigreur s’efface avec le temps. Avec le temps on comprend qu’on ne peut tenir le pavé pour toujours, que la mémoire s’efface, que les exploits se fanent et n’auront plus la splendeur qu’on leur a donné. On comprend qu’on sera oublié, on en pleure, puis on sourit, d’un sourire qui dévoile l’ironie cruelle de la situation. J’ai cédé ma place, j’ai payé ma dette. Maintenant, j’essaie de me faire une place sur le banc de la sagesse. Je devrai pourtant l’abandonner elle aussi. Alors, quand fatiguée de me faire une place, quand épuisée par les ans je serai définitivement seule, je pousserai un dernier soupir de soulagement et de peine. Enfin, je partirai et laisserai derrière moi ce vide que très vite on comblera pour partie par des souvenirs et des babioles. Tout cela n’est pas éternel et finira par s’éteindre à son tour perpétuant le renouvellement continuel de la vie. »

La vieille femme émietta le reste de son pain. Elle se leva créant tout autour d’elle une envolée d’oiseaux en tous genres qui s’échappèrent au son sec de sa canne claquant sur le pavé. Une fois debout elle fit péniblement un tour sur elle-même afin de juger la population du square. Il faisait bon, elle avait froid. Ses jambes et ses bras tremblaient légèrement. Elle regarda encore une fois le banc où elle s’était assise, un banc usé qui porte la marque d’amours passagés gravés sur le dossier. Puis, elle avança lentement. personne ne semble avoir remarqué de changement. Une femme d’âge mûr s’assit à son tour sur le banc, ouvrit un livre et se plongea immédiatement dans la lecture. En se retournant une dernière fois vers le banc, la vieille femme poussa un long soupir et s’en alla.

-temoignagedunevieillejeune
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