Un monde étrange
1 août, 2013 @ 8:49 Non classé

C’est un monde auquel je n’appartiens plus. Un monde rempli d’orgueil et de haine, un monde plein de monde, un monde qui courre après la victoire, un monde qui se confond dans le décor d’une réalité dépassée par la technologie. Je n’appartiens plus à ce monde, ce monde de dédain face aux faibles, ce monde misogyne, tissé d’une immense toile, fragile, dans un équilibre parfait entre jeux et vie. Ils ne font plus qu’un. Ce monde surdimensionné m’a aidé à comprendre certaines choses, à en détester d’autres, mais ce monde m’a surtout appris à vouloir le fuir, et surtout à y rester. Quand emporté par le flot du groupe, tu t’en vas, tu ris, tu ne peux plus rien fuir. La réalité te rattrape bien vite. Il est déjà trop tard. Tu es enchaîné, pris entre un pseudo étau social et patriotique.

Bien sûr il y a une hiérarchie. Mais dans ce monde, tu ne peux pas être faible. Ou plutôt tu es soit faible, soit fort. Il te faut surtout trouver ta place dans le néant des braves, de ces fantômes livides et invalides. Ils ne se servent que de leurs mains. Toi, fraîche recrue, tu y entre pleine d’espoir, tu as encore l’agilité de tes pieds, l’odorat affûté quand la nourriture est proche, tes sens sont aux aguets. Tu frissonnes de plaisir en y entrant. Puis tu vieillis, tu flétris, tu te meurs et tu deviens comme eux. Cependant, cela te rend d’autant plus fort. Tu perds l’usage de tes membres inférieurs, mais tu récupères deux fois plus de capacité pour les antérieurs. Ne désespère pas, dans ce monde il te faux vivre, ou… Mourir. Triste et douce ironie ! Mais comment ai-je fait moi-même ?  Je ne m’en souviens plus. Alors que, aliéné, par tant de monstruosité, j’ai préféré m’aliéner par l’irréalité, je me suis enfermée dans ce cercle vicieux.

Là-bas tu te sens fort. Tu penses vivre une aventure.

C’est ici que tout commence, ici que tout s’arrête. Petite fille apeurée par ces hommes grandioses de dextérité. En entrant, j’ai appris très vite leur langage. J’ai compris bien vite que quand on disait de moi que j’étais une « noob », cela signifiait : « nulle », que quand on me demandait « from », il fallait que je réponde d’où je viens (fr = France), que quand on me demandait : « girl or boy ? », il ne fallait rien répondre du tout, ou si je répondais « girl », je me voyais harceler de question, comme si  ces gens, ces garçons, en âge mûr, n’avait plus vu de fille depuis des décennies, excepter leur mère depuis qu’il avait fait leur baptême, le grand saut dans le vide rempli d’ « aventure » du net.

Mais qu’est-ce qui les attirent dans cette « aventure » ? Qu’est-ce qui nous attire ? La facilité ? On s’y construit une vie, ou devrais-je dire des vies. Comment peut-on croire à cela ? A une telle utopie ? Comment peut-on se créer une seconde fois ? On y croit. Et cela suffit. C’est comme si la barrière de pixels qui nous sépare pouvait s’ôter d’un seul coup, comme si nous étions proches les uns des autres, sans pouvoir se toucher ni se voir pour autant. Et pourtant, c’est plus qu’un contact quand deux esprits se rencontrent, qu’ils soient grands ou petits : c’est une fusion. On se parle comme si nous nous connaissions depuis des années déjà. L’âge n’a pas d’importance, ce que l’on veut savoir d’abord c’est d’où l’autre vient, afin de savoir comment communiquer. Généralement, ce sont des clans entre nations qui se forment, parce que le publique avoisine souvent la douzaine d’années. Mais il se peut que le publique soit plus vieux : entre quinze et vingt ans. A ce moment là, les nations se mélangent, on aperçoit une amélioration culturelle, un certain effort d’exotisme vers autrui.

Combien de temps ? Combien  de temps, si on accumule l’expérience réellement vécu ? Combien de temps par jour vit-on en ce cas présent une expérience avec un autrui « réel » ? Bien sûr je stigmatise, je produis de gros cliché. Mais enfin, il faut admettre que tout préjugé n’est jamais infondé. Et là en est la base. Si j’en suis arrivée à ce point de stigmatisation, ce n’est pas par hasard, mes dires ne sont pas non plus infondés. Je fus de ces clichés là. Moi aussi, je n’ai su me créer qu’à travers une poche limpide, livide, cette poche creuse que l’on rempli avec le vent de nos mensonges, cette poche qui enveloppe et qui forme cet autre moi, ce moi qui me constitue, mon nouveau moi. Il est d’ailleurs d’une facilité extrême de se tisser un personnage de toutes pièces. Cependant, je n’ai presque jamais usé de mensonges, si je l’ai fais c’était par omission.

Le problème c’est que cela ne m’a  pas servit à m’affirmer pour autant. Je n’osais pas demander, je n’osais pas parler dans certaine occasion… Je me savais pourtant en sureté, seulement je ne parvenais pas à me sortir de ce mutisme habituel, j’étais aussi timide dans le « réel » que dans « l’irréel ». Le seul trait qui se développa à tort fut celui d’une héroïne sans peur malgré sa timidité, psychologue consolatrice à ses heures perdues, analystes quand ça l’arrange… Malgré tout, cette protection de pixels me donna un certain zèle lyrique. Je disais tout à l’instant que ma timidité était de même que dans la vie de tous les jours, mais ce n’était pas totalement vrai. Certes j’éprouvais des difficultés à demander certaines choses, cependant, comme tous je parlais souvent pour ne rien dire, ou tout simplement pour dire ce que je n’aurais pas osé dire en face. Ainsi, j’insiste grandement les parents, si ils prennent consciences que leur enfants fréquentes ce genre de milieu, à se faire rencontrer leur enfants en face à face, en prenant bien entendu les précautions nécessaire. Mais je n’écris pas ici pur faire la moral aux parents…

 

La première fois que je suis allée du côté obscur de la force, c’était avec un ami d’enfance. Nous voulions gentillement jouer ensemble. Ne comprenant rien à rien, nous avions abandonné. J’y suis retournée seule quelque mois plus tard. Et c’est là que j’ai commencé à comprendre le vocabulaire et les mœurs. Je ne m’amuserais pas à reprendre le charabia déjà étalé plus haut. Très vite, étant fille et ne sachant pas mentir, je me fis des amis, et aussi beaucoup d’ennemi. Ce qu’il y a de pratique, c’est qu’avec tout ce monde, il y a très peu de chance pour que vous  rencontriez vos « ennemis ». Et de file en aiguille, d’amis en ennemi, d’ennemi en amis, je tombai sur Jadene. Adolescent désorienté, atteint d’une légère mythomanie, et d’une tendance à l’exagération. Admirateur de fantômes, il me raconta qu’il en avait vu, dans une cabane au milieu d’un bois au alentour de Paris. Bois dont j’ai oublié le nom. Je me plaisais à lire ces histoires quand nous jouions ensemble, parce que c’était plongé d’autant plus profond dans cette irréelle réalité qui m’avait hébergée.

Un jour enfin, la partie fatidique. Je rencontrai l’homme. Un ami à Jadene :Bad Troll. Il y avait quelque chose de ténébreux, de mystérieux dans son pseudonyme et je me laissais aisément fasciner. L’intrigue d’une nouvelle rencontre avec la facilité qu’elle supposait en ces lieux ne m’en voyait pas plus indifférente. Un ou deux mots aimables pouvaient attiser ma sympathie. Et cette joie que l’on s’intéresse à moi, et surtout du point de vue masculin, me procurait un bien-être incommensurable. Je m’en souviens parfaitement. C’était pendant un « gay escape ». Genre de jeu où l’on doit faire passer son personnage le long d’un chemin semé d’embuches sans se faire coincer par divers obstacles. Je n’étais d’ailleurs pas douée du tout à ces jeux là. Je passai alors mon temps à les regarder (Jadene et Badtroll) jouer ensemble. Pendant une de ces parties, j’appris que Badtroll avait des parents divorcés et qu’il devait repartir chez son père, où il n’avait pas d’accès internet. J’éprouvai à cette nouvelle une étrange déception. Comme prémonition sur l’amour à venir.

Il partit quand même, et notre rencontre ne fut l’effet que d’une simple soirée. Cependant, quelques mois plus tard, à la fin de l’été, plus exactement, je le vis réapparaître. Quelle n’en fut pas ma joie de voir son pseudo  s’afficher en vert, significatif de « connected » sur cet écran composer de rond et de bâton, matérialisation d’une barrière franchissable que par des mots taper sur un clavier. Je m’empressai donc d’écrire ces mots qui seuls pouvaient nous unir.  Notre ami Jadene et lui-même, allions alors jouer comme si de rien n’était. C’est quelque temps plus tard que Jadene me pris à partie pour m’expliquer très directement que Badtroll éprouvait un sentiment qui m’était jusque là impensable qu’on puisse l’éprouver à mon égard : l’amour. Prise de panique. Non pas de panique. Etrange sentiment. De gêne de honte, je ne sais plus. Tout s’est bouleversé. J’ai dit « non », puis Jadene a insisté, Badtroll à nier. Mis en vis-à-vis, je ne sus que dire. J’ai dit « oui », puis « non » et enfin « oui ». C’est sur ce « oui » incertain que je les quittais tout deux, à une dispute certaine.

Pauvre de moi, en proie à un mal-être encore inconnu. Je me suis d’abord mise à regretter cette folie. Je n’ai cessé de ruminer. Je me souviens très bien de cette nuit. J’avais étalé un matelas en-dessous de mon lit à étage, il faisait trop chaud là-haut. Je revois le plafond blanc de ma chambre, mon regard qui défile le long des murs, comme si il les découvrait. « je dois lui dire non » ; « et puis zut j’ai bien le droit d’être amoureuse !». Et je pensais à ma mère. « Je ne le connais même pas, que va-t-on penser de moi ? ».  J’avais de plus en plus chaud, et il me semblait que le ventilateur  à côté de moi, sensé me rafraîchir, remuer davantage la fournaise ambiante. Mes TIC habituels me venaient en masses, il m’était d’ailleurs difficile de les contrôler. Je voulais m’endormir, et oublier tout cela. Et comme à mon habitude, j’ai dormi, en plaçant cet amour en sursis, dans mon inconscience. « Adviendra ce qu’il adviendra, pensais-je, ce qui est fait est fait, et puis, ce n’est peut-être pas si mal ». Je décidais donc de poursuivre l’aventure. Je pensais que de toute façon, cet amour n’avait pas beaucoup d’impact sur ma vie réelle. Ce serait juste un secret avec moi-même. Je n’aurais cas faire comme si, et au bout d’un moment, avec le temps, nous oublierons que nous étions censé nous aimer. Le jeu se retrouver alors à nouveau sa place dans le jeu.

Mais advint ce qu’il devait advenir : personne n’oublia personne.

(à Suivre)

-temoignagedunevieillejeune
rss pas de réponses

Laisser un commentaire

Naoned1 |
Adaoha |
Alexscarrowfrance |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | La Guerre des Clans
| Onehrforloans
| 900cashloanpaydayy